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 In Memoriam: Simone Clesse  

Y. Mathay

Arelerland a Sprooch rend hommage à Simone (Sampont 1931 –Sampont 2002)

Après avoir vu disparaître  Gaston Mathey, fondateur et organisateur du seul mouvement culturel qui en région luxembourgeophone ait jamais défendu et cherché à promouvoir  la langue traditionnelle et la culture régionale, c’est son épouse Simone Clesse qui nous quitte pour l’éternité. Voilà l’association Arelerland a Sprooch orpheline.

Quand l’association culturelle arlonaise aura fait son deuil et qu’il faudra relancer la machine, nous resteront heureusement le souvenir d’une grande dame, talentueuse, bien informée et d’un rare dynamisme. » d’Simone war eng Schaffësch!» (c’était une travailleuse) est l’éloge unanime  que l’on a entendu partout dans nos villages ces derniers jours.

C’est elle qui portait depuis 26 ans une bonne partie du poids de la revue trimestrielle « Geschwënn » sur ses les épaules.

Au-delà d’une partie de la gestion technique et matérielle, elle avait à cœur d’y apporter  des contributions personnelles toujours opportunes et inspirées par le souci de défendre notre héritage. Dans une région où les pouvoirs  et les institutions ne se soucient guère de la convivialité et de la mémoire collective, elle a été à elle seule un musée vivant des arts et des traditions populaires. On lui doit la récolte de plusieurs dizaines de milliers de proverbes et de dictons en lëtzeburgesch parus par tranches annuelles dans le Vollekskalenner. Non seulement, ces calendriers ont été les béquilles financières d’A.L.A.S. mais leur authenticité en fait un monument linguistique reconnu par les spécialistes universitaires et que bien des minorités nous envient.

Simone Clesse a aussi traduit de nombreuses pages du volumineux Wintergrün de Warker. Parfaite trilingue, elle en livrait la traduction tantôt en français ( les éléments folkloriques), tantôt en luxembourgeois ( les légendes). Sa compétence pédagogique lui a inspiré  de multiples exercices de style. Publiés sous la rubrique « Eis Sprooch ass schéin », ils constituent  un compliment ludique  incontournable de la grammaire « Fir wat nit lëtzeburgesch léieren ? » de son mari.  Elle a aidé aussi  à sauver de l’oubli une partie du vieux répertoire des chansons populaires arlonaises. Le village de Sampont lui doit une élégante monographie réalisée avec quelques amis, complète sans être confuse, richement illustrée et qui reste un modèle du genre. Quel enrichissement pour Arlon et l’Arelerland si chacune de nos agglomérations pouvait  présenter une publication de la même veine !

Poétesse à ses heures, Simone Clesse lève discrètement le voile sur sa nature sensible et généreuse dans quelques textes  lyriques publiés sous le pseudonyme familial de Stenges Anna.

Quand on citait devant elle le vieil adage africain « Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle » elle ne manquait pas de réagir avec un sourire amusé qui n’etait pas sans réserve. Elle pensait que les hommes, même vieux, ne savaient pas tout.

Féministe de bon aloi et de franc parler, elle prenait alors la défense de toutes les mères et de toutes les épouses qui depuis les origines du monde se transmettent les recettes de cœur du bonheur simple et vrai.

C’est tout cela qui la rendait  si humaine aux yeux de ses amis et de ses co-animateurs. C’est à cause de tout cela aussi que son absence laisse maintenant un si grand vide.