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Barthélemy LATOMUS d’Arlon

(Pour télécharger le portrait de Latomus en format pdf, cliquez ici)

Une figure arlonaise illustre du 16e siècle

(Pour télécharger le document en format pdf cliquez ici.) Acrobat Reader 5 recommandé

 

Barthélemy dit « Latomus » est né à Arlon tout à la fin du 15e siècle vers 1497, et est mort à Coblence en 1570. Son père était maçon : il s’appelait Henri, le prénom donné au baptême, et était désigné du nom de son métier. Son fils est d’abord appelé « Barthélemy, le fils du maçon Henri d’Arlon ». Puis, quand il aura pris ses grades de bachelier à l’université de Fribourg-en-Brisgau, il aura droit à un nom propre et latinisera le surnom de son père : il sera désormais « Bartholomaeus Latomus ».

 

Ce fils de maçon fut l’un des plus infatigables bâtisseurs de cette période. C’était un «battant» ambitieux, plein d’optimisme et de ressources. Vu ses origines modestes et une relative indigence matérielle, il connut des débuts difficiles. Mais grâce à l’appui de mécènes, il eut la chance de poursuivre de longues études universitaires et de parcourir une belle carrière professorale, à une époque de profonds changements culturels.

 

A peine sorti des certitudes et des querelles du Moyen Age, on entrait alors dans une période instable de bouleversement des habitudes intellectuelles : la Renaissance. Les nouveaux humanistes éprouvaient encore beaucoup de difficultés et devaient se battre pour se frayer un chemin au milieu d’une véritable course d’obstacles : l’opposition tenace des conservateurs de la scolastique et les intrigues de concurrents malveillants.

 

Dans tout ce remue-ménage, Barthélemy Latomus joua certes un rôle de second plan. Mais il fut mêlé de très près au bouillonnement des idées et des intérêts en jeu. Il eut en effet l’avantage de côtoyer beaucoup de savants et put se prévaloir de l’amitié des meilleurs, dont le plus grand humaniste de ce temps, Erasme de Rotterdam, mais aussi Philippe Melanchthon de Wittenberg, Guillaume Budé de Paris, et bien d’autres. Il entretint une immense correspondance avec tous ceux qui comptaient à l’époque.

A Paris, en 1534, nommé « lecteur royal » à la chaire de langue latine du Collège de France, son succès fut tel qu’il dut parfois tenir ses cours en plein air devant trois à quatre cents étudiants. Il compta parmi ses élèves des esprits brillants comme le jeune réformateur Jean Calvin, les jésuites Ignace de Loyola et François-Xavier, Clément Marot et Rabelais, Pierre de la Ramée, sans oublier des auditeurs illustres tels François 1er en personne, la sœur du roi, Marguerite de Navarre, le cardinal Jean du Bellay, - excusez du peu !

 

Barthélemy Latomus, sans être un homme d’exception, est un témoin remarquable de son temps par son ascension sociale et intellectuelle, son activité inlassable et multiple, son grand rayonnement. Comme le dit si bien E. Wolff, il « est un de ces humbles qu’un grand siècle a mis sur le pinacle et qui, par contrecoup, le représente en raccourci ». Docteur en droit civil, orateur et poète, érudit plus philologue que philosophe, ce fin lettré mérite à plus d’un titre de figurer lui aussi parmi les dignes fils de la ville d’Arlon.

 

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Excellent pédagogue, il enseigna la rhétorique latine dans les universités qui poussaient alors comme des champignons, Trêves, Fribourg-en-Brisgau, Cologne, Louvain, Paris, Bologne et finalement Coblence. Travailleur infatigable, il a produit une œuvre abondante et prolixe : des manuels de rhétorique (dont certains furent des best-sellers), de nombreuses études d’auteurs latins classiques, surtout Cicéron, des poèmes lyriques qui lui valurent la célébrité, des controverses retentissantes et des discours brillants où il excellait par son argumentation imparable, enfin d’innombrables lettres.

 

A la suite de ses maîtres, il s’affranchit de la langue du Moyen Age finissant, et se renouvela à la lecture des auteurs classiques. Son latin est correct et recherché, élégant, parfois inégal. Ses essais d’imitation de l’ample période de Cicéron, pour méritoires qu’ils soient, sont encore redondants. Mais il parvint à se forger un style très personnel, varié à souhait, qui força l’admiration de ses contemporains.

 

Ici et là, il affiche un conformisme de façade et adopte un ton quelque peu flatteur. Cela s’explique par la condition de sa naissance, mais se justifie surtout par la lutte perpétuelle qu’il dut mener pour se défendre des attaques de détracteurs jaloux de ses succès. Car, parti de rien et arrivé à un niveau de science et de notoriété enviable, il n’avait pas les appuis naturels de ceux qui sont bien nés et il éprouva toujours un grand besoin de soutien et de protection. Il eut la chance d’avoir des «patrons» bienveillants et généreux, surtout de nobles ecclésiastiques de Trèves et de riches bourgeois arlonais, qui lui vinrent en aide à tous les tournants de sa carrière. Très fidèle en amitié, il leur sera reconnaissant toute sa vie et entretiendra avec eux des relations chaleureuses.

 

Durant l’hiver 1539-1540, Latomus fit un grand voyage d’études en Italie, qui le conduisit, par Lyon et le Mont Cenis, à Milan, Padoue, Venise, Ferrare, Bologne, Florence, Sienne et Rome, et revint à Paris par Strasbourg. En automne 1541, nommé conseiller par son protecteur l’archevêque de Trèves, Jean-Louis de Hagen, il s’établit définitivement à Coblence à la cour du prince Electeur. A ce titre, il participa au nom de l’empereur Charles-Quint aux diètes et aux colloques de l’empire, à Spire (Speyer), à Worms et à Ratisbonne (Regensburg). Et, en 1542, âgé de 44 ans, il épousa Anne Zieglins d’Everlange, dont nous ne savons pas s’il eut une progéniture. Il mourut en 1570, à l’âge d’environ 73 ans.

 

Ce qui nous le rend extrêmement sympathique, c’est qu’il n’a jamais oublié ses origines : Arlon sa ville natale, le Luxembourg son pays, mais également son humble famille et ses camarades. Malgré de graves préoccupations, de nombreux déplacements et de longs séjours à l’étranger, il garda toujours en son cœur un amour sincère et actif de sa patrie.

E. Wolff écrit à ce propos : « Avant tout, il est arlonais, il s’en est toujours souvenu avec plaisir et fierté ; dès son premier ouvrage il veut qu’on le sache ; jusqu’en 1534 les titres de ses livres portent en vedette, comme une devise, le nom de sa ville natale ; il l’aima jusqu’à la fin, sans que sa passion se refroidît, avec idolâtrie ; en 1542, s’installant dans la cour électorale de Coblence, il est encore le Docteur Barthélemy « von Arel ».

 

 

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Autour des années 1535-1540, notre orateur, fort du renom dont il jouissait en ce domaine, fut amené à prononcer de nombreuses allocutions devant un public choisi de la ville lumière. Il s’agit le plus souvent de discours inaugurant un cours. L’un d’eux nous intéresse tout particulièrement : l’« Oratio pro Caecina » prononcé à Paris le 1er mai 1539. Ou plus exactement la lettre par laquelle Latomus dédie son travail à l’un de ses compagnons de classe à Arlon. Il en profite pour parler d’un épisode de leur jeunesse et surtout de quelques célébrités arlonaises qu’ils ont bien connues.

 

Cette dédicace est adressée à Mathias Held, né en 1496 à Arlon de famille bourgeoise. Le père de Mathias, Nicolas Held, n’avait-il pas été nommé échevin de la ville d’Arlon en 1520. Mathias lui-même est docteur en droit et comblé d’honneurs par Charles Quint. Ses importantes fonctions à la cour, sublimées par les distances, le grandissent aux yeux de Barthélemy le roturier.

Ce personnage était pourtant de petite taille, malin et rusé, énergique mais intolérant, et d’une moralité ambiguë. Vice-chancelier de l’empire depuis 1531, son influence sur l’empereur ne fut pas toujours heureuse. Grâce à sa position, il amassa une fortune évaluée à 200.000 ducats. En 1540, il acheta pour la coquette somme de 80 florins d’or une maison de maître sise à Arlon. Il mourut en 1563 à Cologne où il s’était retiré.

 

Après un éloge personnel appuyé, Barthélemy rappelle à Mathias un souvenir commun : il se revoit avec lui au milieu des livres d’une grande bibliothèque dans une grosse maison sise au pied du château des comtes d’Arlon. Cela se passe vers 1510 : ils ont donc 13-14 ans, l’âge où l’on se prépare à entrer à la faculté des arts. Cette salle appartient à l’oncle paternel de Mathias, Petrus Jacobi(1459-1509). Un savant en retraite qui s’intéresse à ces deux jeunes têtes avides de connaissance : il ouvre devant leurs yeux émerveillés des in-folios contenant des œuvres de Cicéron, de Virgile et autres auteurs latins, qu’il leur traduit et explique avec plaisir.

 

Ce jurisconsulte avait été conseiller du comte, puis duc Eberhard de Wurtemberg, dont il avait reçu des bénéfices ecclésiastiques importants. Précepteur de son fils naturel Louis, il fut chargé par la suite de l’éducation de son successeur Ulrich 1er, âgé de 11 ans. Il fut envoyé en mission par l’empereur Maximilien 1er dans de nombreuses cours européennes. Il aimait les livres où il se plongeait dès qu’il avait un moment libre. Il s’était ainsi constitué une splendide bibliothèque qu’il légua à son neveu Mathias.

 

Ce dernier ne se contenta pas de ce legs et, grâce aux moyens dont il disposait, il enrichit la bibliothèque de collections précieuses couvrant tous les domaines du savoir. Barthélemy le souligne et en profite pour affirmer, avec un brin d’exagération mais non sans arrière-pensée, que la science de son collègue dépasse celle de son oncle. Et de placer très haut son «ami» d’enfance parmi les Held dans la galerie des personnages influents qui ont fait la réputation de la ville d’Arlon.

 

 

La galerie serait bien courte s’il n’y avait d’autres portraits à y accrocher. Et la nombreuse et très honnête famille des Busleyden fait juste mesure. Par le père, Gilles l’Ancien, elle est originaire de Bauschleiden (sur la Haute Sûre, au Grand-Duché), qui faisait partie de la prévôté d’Arlon.

 

Or, cet homme devint prévôt d’Arlon et, en tant que propriétaire de la seigneurie de Guirsch, il fut anobli en 1471 par lettres patentes du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. Sa carrière est à l’origine de la fortune sociale et politique de toute sa parenté. De son union avec Anne de Musset, il eut quatre garçons : Gilles le Jeune, François, Jérôme, Valérien.

 

Bien documenté, Barthélemy les passe tous en revue avec une légitime fierté :

 

- François fut le précepteur de Philippe 1er, dit le Beau (1478-1506), archiduc d’Autriche et roi de Castille et des Pays-Bas. Le 12 octobre 1498, il fut sacré archevêque de Besançon et mourut à Tolède en 1502.

 

- Jérôme (1470-1517), conseiller de l’empereur Maximilien, fut le généreux donateur qui fournit par testament les fonds nécessaires à la fondation en 1518 du Collège des Trois Langues de Louvain (qu’il dota de plus de 20.000 livres).

 

- Gilles le Jeune fut receveur général à Luxembourg et président de la chambre des comptes à Bruxelles. Ses deux frères puînés (dont les noms précèdent) étant partis vers d’autres destinées, il hérita des titres et des propriétés de son père et, en 1498, il résigna ses fonctions en faveur de son frère cadet resté au pays, Valérien.

 

Enfin, un «étranger» vient compléter avec bonheur la liste des gloires arlonaises :

- Nicolas Reuter, né à Erpeldange, près de Remich, et mort à Louvain en 1509. Devenu évêque, cet homme charitable y créa le Collège d’Arras (l’une des quarante annexes de l’université) en faveur de seize étudiants pauvres, dont quatre luxembourgeois.

 

 

Autant de noms et de destins prestigieux qui honorent de près ou de loin la ville d’Arlon. Et Barthélemy d’y associer avec complaisance son cher Mathias, dont il attend rien moins qu’un patronage aussi efficace que le leur dans le passé.

 

 

Il termine son éloge en faisant allusion aux sentences de Cicéron sur la sagesse de ces hommes publics qui ne négligent pas de rechercher les choses de l’esprit nonobstant les soucis de leur profession, ni d’accomplir au mieux les devoirs de leur charge malgré les tentations de la routine et de l’indifférence.

***************

 

Mais lisons donc le texte lui-même :

 

Je sais que tu t’es toujours adonné à l’étude des lettres humanistes, très honorable Held, et j’apprends en ce moment même que, bien que tu sois occupé par des affaires très importantes, tu ne laisses cependant passer presque aucune journée libre sans que de bon coeur, à des moments perdus, tu ne lises quelque chose ou tu ne te prêtes à des rencontres et à des entretiens avec des hommes très érudits. Je loue en cela non seulement ta culture mais aussi ta sagesse. En effet, quoi de plus digne de ta personne, ou que peux-tu faire de mieux de tes occupations, sinon de prendre ainsi du temps pour ces études afin de soulager la peine de tes travaux, études où l’on peut rechercher le plaisir du sage et un abondant profit ?

 

 

A la vérité, j’ai entendu dire que ton oncle paternel fut un homme distingué et éminent, tant par le talent que par les études : comme il était très versé en droit et joignait à cette érudition la connaissance des belles lettres, sans peine il excella tellement dans ces sciences qu’il devint l’honneur de son pays natal. Sa bibliothèque, je l’ai vue de mes yeux, alors qu’enfants nous la fréquentions assidûment, non seulement par attrait pour les jeux littéraires mais aussi par amitié ; j’ai vu, dis-je, sa bibliothèque, spacieuse et bien pourvue de livres, comme à ma souvenance l’affirmaient ceux qui pouvaient en juger, ce qu’il n’aurait sûrement pas pu avoir s’il s’était satisfait de son seul savoir en droit.

 

 

Cependant, je vois que tu ne te contentes pas de cette abondance, toi qui as réuni depuis si longtemps un trésor de livres, pour que rien ne paraisse à l’avenir, en tout genre de littérature, dont tu puisses désirer l’usage et la jouissance. Celui-là assurément avait acquis une ample moisson de connaissances ; de ton côté, ayant mis tes pas dans les siens, non seulement tu as égalé son mérite mais tu l’as même de loin dépassé. Car, qu’as-tu bien pu acquérir de plus, ou par quelle carrière plus favorable as-tu pu atteindre cette gloire suprême, pour être ainsi versé avec cette habileté dans les questions très graves qui te sont confiées dans la plus haute magistrature), et pour ne pas souhaiter cette prudence dans les consultations, cette autorité dans les entreprises (qui sont les tiennes) ?

 

 

Je te félicite donc de ta singulière réussite et très volontiers je rappelle ici tes succès, d’autant plus que j’applaudis à tes qualités qui me causèrent bien du plaisir dès le plus jeune âge, et je considère que la mention de tes titres de gloire concerne aussi la renommée de la famille.

 

 

De fait, depuis longtemps nous ne comptons pas seulement les Busleyden, mais aussi les Held parmi les principaux magistrats de notre municipalité : et nous ne rivalisons pas seulement avec nos voisins par la modération et le zèle, mais nous nous mesurons également avec les étrangers par les noms de nos personnages illustres. Car, même en omettant ton oncle paternel, cet homme distingué et éminent, quoi de plus célèbre que nos Busleyden et que peut-on relever ici de plus digne de louange que nos savants ? Le second fils de Busleyden fut évêque de Besançon, un homme cultivé et remarquable, qui s’éleva à cette situation honorable en devançant des hommes nobles et puissants par son seul zèle et sa vertu.

 

 

Un autre (fils de la même famille), gratifié d’un esprit élevé et généreux, bien qu’il put mettre en oeuvre ses nombreux talents dans la maison paternelle, laquelle naguère encore simple chaumière campagnarde s’était élevée très haut dans la hiérarchie sociale, préféra pourtant laisser l’héritage à son frère très cher et partir apprendre les lettres au gymnase de Louvain Il fonda sur place un Collège trilingue, et cela malgré l’opposition de gens incultes : par cette oeuvre, il apporta tant d’impulsion aux études des lettres qu’il parut, avec les murs construits en ces lieux, avoir jeté les fondements des arts libéraux.

 

 

Quelques années avant ce dernier, Nicolaus Ruterus, qui n’était certes pas né à Arlon mais dans une localité proche, avait fait de même en créant un Collège dans la même Académie (Louvain), avec peut-être un moindre bonheur mais certainement avec le même intérêt et une égale libéralité.

 

 

Donc, puisque auparavant nous nous sommes glorifiés de ces hommes éminents, nous associons désormais ton nom à l’éclat des leurs : et comme nos prédécesseurs avaient trouvé dans leurs mérites un grand soutien et une grande illustration de la patrie, pleins de confiance nous ne doutons pas que nous pouvons également compter sur ta puissante influence pour obtenir une très large protection. Mais ces considérations requièrent peut-être une autre occasion. J’ai voulu seulement souligner ici que l’apologie de ta vie publique, jointe à l’éloge de ta vie privée, est pour moi ce qui me procure le plus vif plaisir.

 

 

Toutefois tes études, pour lesquelles tu te distrais quotidiennement des affaires publiques afin de te retirer dans une certaine tranquillité, je les approuve entièrement sans pour autant estimer que tu puisses honnêtement leur trouver une place pour des motifs de loisir studieux,...et, bien que tu te penches chaque jour sur les causes les plus sérieuses, tu ne détournes cependant pas ton esprit de l’étude des arts libéraux et, eu égard aux usages et aux procédures de la chose publique, tu ne deviens pas davantage indifférent à ces mêmes causes, ce que Cicéron développe ici.

 

 

***************

 

 

Et voici l’original en latin :

 

 

Scio te humanioribus litteris semper deditum fuisse, Helde ornatissime, atque hoc ipso tempore audio te, quamvis gravissimis negotiis occupatus sis, tamen vix ullum diem vacuum praetermittere in quo non succissivis horis aut legas aliquid aut in congressu atque sermonibus eruditorum hominum libenter verseris. Laudo non solum humanitatem, sed etiam prudentiam tuam. Quid enim aut dignius nomine tuo, aut quid occupationibus tuis aptius facere possis, quam in sublevanda laborum molestia in iis studiis otium sumere, ex quibus ut voluptas sapienti, ita fructus uberrimus expetendus est ?

 

 

Equidem patruum tuum audivi, egregium et excellentum virum, consimili quadam ratione ingenii ac studiorum fuisse : qui cum juris doctissimus esset eidemque doctrinae adiecisset bonarum litterarum cognitionem, facile his artibus tantus evasit, ut etiam patriae suae ornamento fuerit. Bibliothecam illius vidi puer una cum essemus, non solum assiduitate ludi litterarii, sed etiam amore conjuncti, magnam illam quidem et copiosam, sicut eos dicere memini qui iudicare poterant, quam ille profecto non habuisset si sola juris scientia contentus fuisset.

 

 

Te autem video ne illius quidem copiis contentum esse, qui tantum iampridem thesaurum librorum conficis, ut nihil futurum esse videatur in omni litterarum genere, cuius usum et facultatem desiderare possis. Atque ille quidem doctrinae fructum amplissimum consecutus est, tu eadem vestigia ingressus non solum aequasti illius dignitatem, sed magno etiam intervallo superasti. Quid enim amplius consequi, aut quo cursu secundiore ad summum splendorem pervenire potuisti, quam ut in gravissimis causis, quibus in amplissimo imperio praefectus es, ea dexteritate versarere, ut neque prudentia in te rebus consultandis, neque auctoritas in perficiendis desideretur ?

 

 

Qua quidem in re gratulor singulari felicitati tuae, successusque tuos eo libentius commemoro, quo magis faveo ingenio tuo, quod ab ineunte aetate mihi gratum fuit, quodque laudum tuarum commemorationem existimo mihi ad domesticam etiam gloriam pertinere.

 

 

Etenim non solos iampridem Buslidios, sed etiam Heldos numeramus inter praecipua municipii nostri decora : nec tantum frugalitate et industria certamus cum vicinis nostris, sed etiam illustrium virorum nominibus cum exteris contendimus. Ut enim patruum tuum omittam, egregium et excellentem virum, quid Buslidiis nostris celebrius, aut quid a doctis hominibus plausibilius commemorari potest ? Quorum alter Episcopus fuit Bisontinus, doctus ac praestans vir, ut qui ad honorem illum prae nobilibus ac potentibus hominibus sola industria atque virtute ascenderit.

 

 

Alter tam divino animo ac liberalitate praeditus, ut quamvis amplissimas facultates in paternam domum quae nuper ex agresti tugurio in summam altitudinem excreverat, inferre posset, tamen maluit rem litterariam Lovaniensis gymnasii quam fratrem charissimum haeredem relinquere. Constituit enim Collegium trilingue eodem in loco, et quidem invita ac repugnante barbarie, qua quidem re tantum incrementi litterarum studiis attulit ut una cum parietibus illis eodem in loco fundamenta bonarum artium jecisse videatur.

 

 

Idem aliquot annis ante illum fecerat Nicolaus Ruterus, non is quidem Arluno, sed tamen vicino loco natus, qui Collegium eadem in Academia condidit, profectu fortasse non aeque claro, sed studio certe ac liberalitate pari.

 

 

Ergo his praestantibus viris cum antea gloriaremur, nunc illorum splendori nomen tuum adjungimus: et cum in illorum dignitate magnum ornamentum patriae, magnum praesidium maiores nostri habuerint, nos laudum tuarum commendatione freti non dubitamus amplissimum patrocinium in tua quoque virtute constituere. Sed haec alium fortasse locum requirunt. Nunc illud tantum significare volui, nominis tui praedicationem ut conjunctam mihi cum domestica laude, ita longe iucundissimam esse.

 

 

Studia autem tua ad quae quotidie a publicis occupationibus, quasi ad secessum et intermissionem aliquam avocaris, ita laudo, ut existimem te nulla in re otii rationem posse honestius collocare... te quamvis gravissimis in causis quotidie verseris tamen neque animo abhorrere a bonarum artium studiis, neque usu et tractatione rei publicae a consimilibus causis, quas hic explicat Cicero, alienum esse.

 

André Delvaux

                                                                                                                            le 20 septembre 2003.