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Minorité(s) Philippe Swinnen : « La diversité doit donner du
plaisir au monde, lui redonner des couleurs. » On connaît Philippe Suinen pour le rôle qu'il mène en matière de
relations internationales tant à la Communauté française qu'à la Région
wallonne. Il est en effet responsable des différents organismes, économiques
et culturels, qui visent au développement de la place des francophones
(et germanophones) de Belgique à l'étranger. Via
notamment l'Agence wallonne à l'exportation (AWEX) et le
Commissariat général aux relations internationales (CGRI). Voyageant
aux quatre coins du monde, l'homme a acquis une solide expérience et
regarde le monde avec des yeux qui sont encore loin d'être blasés. Au
contraire, il aime la diversité, la richesse des pays qu'il traverse et
des peuples qu'il rencontre. Cette expérience
lui a donné envie de pousser un «coup de gueule», en publiant dans la
collection «Pierres de taille» (Luc Pire) un pamphlet d'une soixantaine
de pages consacré aux minorités. Rien
n'énerve plus Philippe Suinen que ce côté uniformisé que
d'aucuns veulent donner au monde d'aujourd'hui. Pour lui, la globalisation
ne doit pas signifier la mort des particularismes. «Je n'aime pas que
l'expression d'une culture différente soit systématiquement considérée
comme un danger. Je ne veux pas d'un monde triste; je refuse une
globalisation neutre», explique le patron de l'AWEX. La
collecion «Pierres de taille» a été lancée par les éditions Luc Pire
afin de décortiquer la Déclaration universelle des droits de l'Homme.
Que signifient les mots qui s'y trouvent? Voire ceux qui sont oubliés?
C'est le cas de «minorité», un terme qui n'est repris nulle part dans
cette déclaration, même si tout en parle indirectement. Pourtant,
explique Suinen, «ne pas pouvoir exprimer et transmettre cette identité
par le système d'éducation, ne pas pouvoir parler sa langue ou exercer
une religion, voilà des situations
préoccupantes au regard des droits
de l'Homme». Philippe
Suinen n'entend pas apporter un remède miracle aux nombreux problèmes
dont peuvent souffrir les minorités mais il offre des pistes de réflexion,
des matières à débat. Pour lui,
on ne peut accepter que la globalisation mène à la fin des identités.
Cela entraînerait des frustrations et donc un danger d'explosion. Cinq idées
maîtresses sous-tendent le
propos de l'auteur. Pour lui,
la diversité doit donner du plaisir au monde, lui redonner des couleurs.
Par la diversité, on doit retrouver le goût des autres. Selon lui, il y
a urgence en la matière. Car, deuxième
idée, méconnaître les minorités, c'est contribuer
au malheur du monde. Il faudrait, troisième idée, mettre en place
un droit international des mînorités. Un droit qui pourrait s'appuyer
sur les exemples de fédéralisme appliqués dans de nombreux pays et qui
sont généralement une bonne réponse à l'existence de minorités. Ce
droit est important, considère Philippe Suirien, car «il vaut mieux
pacifier préventivement que calmer en catastrophe ». Actuellement,
estime t-il, il existe une contradiction entre les principes
d'inviolabilité des frontières et le droit des peuples à disposer
d'eux‑mêmes. Quatrième
idée, ce droit des minorités devrait contenir un «statut plancher», un
socle minimum au profit de chaque minorité (droit à l'utilisation et à
l'enseignenent de la langue, possibilité de transfert d'autres compétences
dans des domaines sociaux et économiques, association de la minorité à
des politiques de l'Etat central, droit à des politiques communes avec
d'autres Etats ou Régions partageant les mêmes racines ... ). Ce droit pourrait notamment
s'appuyer sur la convention‑cadre du conseil de l'Europe. «Le repli
sur soi est criminogène et l'identité n'existe que par l'autre et la
relation qu'on a avec lui.» Enfin,
Philippe Suinen plaide pour la mise en place d'une «Interrnationale des
minorités», composée par exemple d'experts des Nations unies qui
pourraient être saisis pour protéger l'une ou l'autre minorités. D'une manière
générale, l'auteur en appelle à plus de considération pour les minorités,
pour qu'on trouve un meilleur équilibre entre la reconnaissance des
minorités et l'expression de la majorité. Ainsi, dit-il, pour
favoriser l'intégration d'une communauté dans notre pays, n'est-il pas
utile de, donner à celle-ci le droit de s'exprimer,
notamment par l'usage de sa
langue ? "Libérer
les minorités est un facteur de pacification», considère Philippe
Suinen, espérant être entendu par certains dans notre pays... D.GR. Minorité(s )* de
Philippe Suinen, collection «Pierres de
taille» aux éditions Lue Pire, 72
pages, 7,31 euros. Source :
L’Echo du 24 août 2002. |
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